Question d'actualité posée à Madame Joelle MILQUET en séance plénière du 12 novembre sur le décrochage scolaire
" Nous avons pu prendre connaissance dans la presse de ce mardi des souhaits des directions des services d’accrochage scolaire pour financer leur person-
nel. Selon l’étude Itinera, les outils statistiques permettant d’évaluer finement l’ampleur du phé- nomène ne sont pas assez développés. Certains en concluent rapidement que le pouvoir politique ne s’intéresse pas au décrochage. Pour ma part, je considère que les statistiques, quoique nécessaires, ne sont pas en tant que telles un outil d’accompagnement du décrochage.
Sous la précédente législature, un effort bud- gétaire a été consenti par la prise en compte de l’ancienneté forfaitaire de dix ans du personnel. Comme nous le savons, toutes les recommanda- tions n’ont pu être considérées. Pouvez-vous nous préciser les efforts susceptibles d’être faits cette année?
Les SAS ne sont pas les seuls à intervenir, il y a aussi les centres psycho-médicosociaux (CPMS), les médiateurs, les services d’aide en milieu ouvert (AMO), les directions, etc.
Le décret de novembre 2013 ouvre la possi- bilité du dispositif d’accrochage scolaire Inter- Mondes avec le travail des acteurs en première ligne. Ce décret intersectoriel prévoit des disposi- tifs de concertation pour articuler au mieux le travail des acteurs et des secteurs en faveur de l’accrochage scolaire et du bien-être à l’école.
Dans le cadre d’une bonne gouvernance, il est préférable d’articuler le travail des différents acteurs plutôt que de les juxtaposer, car cela en- traîne une confusion des rôles. La dynamique est en cours. Vous avez d’ailleurs lancé des appels à projets dans le Brabant wallon, à Namur et au Luxembourg. Vous avez en outre mobilisé des moyens dans le cadre des Fonds sociaux euro- péens.
Au-delà du rôle important des SAS, pouvez- vous nous fournir des informations sur la mise en œuvre des dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire et sur leurs budgets ? "
Réponse de Madame Joelle MILQUET
" Je vous remercie pour vos questions et vos apports concernant cette thématique qui nous pousse en grande partie à mettre rapidement en œuvre le Pacte pour un enseignement d’excellence.
En effet, comme vous le savez, le nombre d’élèves à indice socio-économique faible qui est en échec ou en décrochage est plus important dans notre Fédération que dans les autres systèmes. Nous devons nous occuper de manière prioritaire des élèves qui ont des difficultés d’apprentissage, parfois dues à des problèmes familiaux ou psycho- logiques.
Cela fait maintenant une année que j’ai pris le problème à bras-le-corps, notamment dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’excellence. J’ai aussi pris une mesure visant à diminuer la tolérance relative à l’absentéisme. Cette disposition décrétale n’est peut-être pas suffisante mais elle est loin d’être anodine. Depuis septembre, nous sommes passés, pour l’enseignement secondaire, d’une tolérance de 21 demi-jours à 9 demi-jours. C’est dans l’enseignement secondaire que le décrochage est le plus problématique, particulièrement pour les garçons de 15 à 17 ans. Dans l’enseignement fon- damental, notamment dans le Hainaut et à Bruxelles, l’absentéisme est davantage lié à cer- taines pratiques de type familial sur lesquelles il faudra aussi travailler.
Nous finalisons actuellement, au sein de l’administration, la mise sur pied d’une task force de lutte contre le décrochage chargée de s’assurer que chaque élève signalé bénéficie d’un suivi opé- rationnel, en lien avec l’aide à la jeunesse et la famille. Cette spécialisation n’existait pas jusqu’à présent. Une équipe est donc chargée du monito- ring. Il s’agit ici d’une mesure de réorganisation administrative.
Par ailleurs, les services d’accrochage sco- laire seront refinancés à hauteur de 600 000 euros. Il s’agit d’un premier pas, qui sera suivi d’autres types de soutien et qui vise à répondre à la pre- mière urgence; nous définirons les modalités en- semble.
Notre objectif est de disposer au minimum d’un équivalent universitaire spécialisé en coordi- nation pédagogique. Nous voulons nous assurer de la qualité du travail réalisé, mais aussi de la coor- dination avec les établissements scolaires. En ef- fet, ce travail de «récupération» d’un enfant en décrochage nécessite des qualifications et des spécialisations qui dépassent celle du simple tra- vail d’enseignement.
Au-delà de ces 600 000 euros, nous avons débloqué 15 millions pour financer un grand pro- jet de lutte contre le décrochage scolaire lancé en septembre. C’est la première fois qu’une telle somme est spécifiquement affectée au décrochage scolaire. Ce projet vise principalement Bruxelles, Liège et le Hainaut qui sont les trois provinces les plus touchées. Il s’agit de financer en priorité des projets coordonnés et interdisciplinaires impli- quant l’école, le CPMS et un service d’aide à la jeunesse. Les services d’accrochage scolaire sont
donc financés pour leur rôle de coordination.
Dans ces trois provinces, nous avons reçu jusqu’à présent 65 projets, dont vingt-deux à Bruxelles. Ces projets vont coordonner les équipes et le suivi des élèves en risque de décrochage et des élèves qui sont en situation de décrochage. Cinquante pour cent du projet sont financés par la Fédération et les autres cinquante pour cent par l’Europe.
Par souci d’homogénéité, j’ai dégagé 300 000 euros pour financer des appels à projets destinés aux provinces du Luxembourg, de Namur et du Brabant wallon qui sont moins touchées par ce problème et sont sociologiquement plus aisées.
Le renforcement des écoles de devoir est un autre élément important dans la lutte contre le décrochage scolaire. Nous en reparlerons lors du débat sur le budget. Nous avons dégagé 850 000 euros, soit 70 % de financement supplémentaires. Nous avions déjà dégagé cette année 500 000 eu- ros. Nous avons pérennisé cette somme à 800 000 euros pour l’année 2016.
Nous travaillons également sur la détection précoce et le renforcement des apprentissages de base. La détection précoce figure dans le décret qui vous sera soumis dans quinze jours.
L’étude Itinera met le doigt sur ce qui me semble essentiel, à savoir la gouvernance pédago- gique et le pilotage. Ces deux éléments n’ont pas suffisamment été déployés dans les établissements de notre fédération. C’est pourquoi nous deman- dons à toutes les écoles de préparer en équipe et avec l’aide de spécialistes, pour la rentrée 2017, un plan de pilotage de l’établissement qui sera annexé au projet d’établissement et présentera une stratégie en plusieurs points avec des objectifs chiffrés. Une des stratégies essentielles vise la lutte contre le redoublement et le décrochage sco- laire. Les objectifs devront tenir compte des ob- jectifs macro que nous fixerons dans le plan de pilotage global pour la Fédération. L’objectif eu- ropéen est de 9,5. Il faut à tout le moins l’atteindre et si possible aller au-delà. Ce point fait l’objet de discussion notamment dans le groupe de travail du Pacte d’excellence chargé du soutien du parcours de l’élève. Le plan de pilotage par établissement est un élément tout à fait nouveau.
Nous procédons également – et c’est une autre disposition du décret dont nous allons analy- ser le contenu dans quinze jours – à l’accompagnement systématique des établisse- ments fragiles. Il s’agit d’établissements à socio- logie caractéristique identique aux autres, mais dont certains indicateurs (les performances des élèves, le taux de décrochage et de redoublement, etc.) sont dans le rouge. Systématiquement, quel que soit le réseau, une équipe vient poser un dia- gnostic à partir duquel un plan d’accompagnement est concerté avec l’établissement.
Nous disposons d’une série de leviers contre
le décrochage: mieux gérer les exclusions à l’heure où un enfant exclu a beaucoup plus de risques de décrocher dans un autre établissement même s’il a les capacités intellectuelles de s’en sortir; rallonger le tronc commun au moins jusqu’à la troisième année avec une logique d’orientation qui motive davantage les jeunes; réformer le qua- lifiant pour leur permettre de faire plus rapidement des stages en entreprise; redonner du sens à ce type d’apprentissage et le considérer comme un apprentissage d’excellence; redonner enfin – c’est l’une des premières conclusions du rapport sur l’école du vingt et unième siècle – le goût, la mo- tivation et le plaisir d’apprendre, ce qui implique des révolutions dans la méthodologie, l’organisation et la manière de s’adresser au pu- blic jeune.
Le fameux groupe sur le parcours du jeune est en train de travailler sur tous ces thèmes. "